Témoignages de bloggeurs

Nous avons recueilli les témoignages de bloggeurs, dont celui du policier de Marseille Serge Reynaud qui tient le blog police-histoires, d'une ancienne caissière et du fondateur de alloboulotbobo.fr : Victor Waknine qui ont gentillement accepté de nous répondre.

Entrevue avec Serge Reynaud, policier à Marseille

Lorsque vous avez commencé votre blog, quel était votre projet ?
Le but n’était pas de trouver un lieu de plainte, ni que mon blog prenne une certaine forme psychanalytique. Le but était plutôt de raconter comment je vie mon travail, au jour le jour. « La vie des gens de la police en uniforme ».

J’ai cru remarquer que vous n’êtes pas le seul à écrire les articles qui se trouvent postés sur votre blog.
J’ai grosso modo une vingtaine de texte qui ne sont pas de moi, depuis 2008. Vous pourrez les trouver dans la catégorie « mes invités ». J’invite tout le monde à écrire, tant qu’il y a un rapport à l’uniforme. Un jeune homme m’a fait parvenir un texte de rap, une mère de famille m'a offert des articles, ainsi que deux ou trois policiers.

Avez-vous envie de faire passer un message au travers de vos textes ?
Oui, dans certains textes, notamment ceux retenus pour le livre. Il y a une progression dans le contenu, entre le premier livre et le second, qui devrait paraître sous peu. Les histoires seront plus longues, avec plus de psychologie dans la définition des personnages. Le genre s’approche plus de la nouvelle, même si les histoires restent basées sur la réalité, le fait véritable. Je n’ai pas d’auto-censure dans ce que je dis, tant que le contenu reste cadré sur ce qu’on ressent au travail –joie, peine, colère - . Je ne souhaite pas tomber dans l’exhibitionnisme, je travaille avec le cliché certes, mais pour le combattre ou le tourner à l’ironie. Dans un certain sens j’alimente le voyeurisme car le métier de policier intéresse, mais certains blogs font plus dans le factuel, et c’est ce qui intéresse le «voyeur ».

J’imagine qu’en tant que policier, vous devez vous fixer des limites, quelles sont-elles ?
Je me suis fixé comme limite de modifier assez la réalité pour qu’on ne puisse pas reconnaître les gens. Mon but n’est pas d’exposer la vie des gens, mais d’utiliser leur fond psychologique pour appuyer ce que je peux ressentir, ce que mes collègues peuvent ressentir, la réaction du public vis-à- vis de l’uniforme. Comme je suis toujours en activité, j’ai un devoir de réserve et je ne souhaite pas m’exposer bêtement. Mais je souhaite néanmoins pouvoir écrire comme je le veux. Dans la police règne une certaine religion du « nous sommes les plus forts, on est sur le terrain, on est commandé par des idiots ». En réalité cela peut être vrai, ou non, mais c’est comme ça dans la police, ça soude l’équipe. Et j’en rajoute parfois dans mes articles, tout en sachant que mes supérieurs ne sont pas plus idiots que d’autres ! C’est une volonté de montrer au public cette nécessité qu’ont les policiers de partager cette religion. Dans nos contrats il y a bien une clause sur le devoir de réserve, devoir qui est sujet à un gros débat en ce moment : est-ce une obligation légale ou bien un arrangement de jurisprudence ? Pour tout fonctionnaire, il doit y avoir une réserve sur ce qui touche à l’expression de son jugement, politique par exemple. Quant au devoir de loyauté, je ne dois pas m’exprimer sur ma hiérarchie de façon publique, mais j’en joue. Je joue avec les limites mais reviens rapidement dans les cordes.


Quelle a été la réaction de vos collègues ?
Ils étaient plutôt amusés au début. Ils étaient au cœur de mes histoires car certaines des anecdotes ne sont pas les miennes. Ils aimaient le regard décalé que je portais sur notre métier. Mais dès le premier article qui dérange, j’ai été mis à l’écart par certains. En m’autorisant à porter un jugement sur notre activité je brise un peu la loi du « policier qui a toujours raison ». Dans mon métier c’est important d’avoir toujours raison, car on est payé pour. Nous devrions être les détenteurs de la vérité. Là encore, le rapport à la vérité est quasi religieux. Je partage au quotidien cette vision, lorsque j’endosse l’uniforme. C’est une obligation pour garder sa motivation au jour le jour. Mais en dehors de mon travail je me suis permis de porter un regard critique sur cette pratique, c’est ce qui a été parfois mal pris. Mais en définitive, l’essentiel de mes potes aime ce que je fais.

Pourquoi avoir choisi le blog ?
Au départ, je ne pensais pas avoir assez de talent pour être édité. Je souhaitais trouver un public, même quinze personnes m’auraient suffi. C’était une assurance contre la médiocrité, savoir si on est bon. Le blog permet aussi d’avoir un contact privilégié avec ses lecteurs au travers des commentaires. Ceux-ci font partie du processus. La grosse majorité sont enthousiastes, ce qui m’a en partie poussé à écrire un manuscrit. Je pense que le blog est le seul média pour parvenir à l’écriture, pour un amateur. J’ai choisi overblog car c’est une plateforme gratuite. Je ne souhaite ni payer ni avoir de pub, je ne touche pas de rémunération de cette plateforme. C'est une forme d'éthique personnelle.

Est-ce que le blog représente un espace de liberté ?
Je n’ai jamais eu de problème pour parler avec ma hiérarchie, donc ce n’est pas réellement un refuge de liberté ni une échappatoire. Mais c’est néanmoins un exercice différent de la liberté. On accumule certes la pression au travail, mais heureusement que je peux discuter avec mes collègues pour l'évacuer. Le blog reste pour moi une passion, comme chaque policier en a, c’est déjà beaucoup.

Comment voyez-vous le futur ?
Je souhaite bien entendu rester policier pour gagner ma vie. Il est certain que je souhaite également continuer à écrire. Ca a commencé comme un hobby et il est clair que maintenant, ça tient une place plus importante, c’est une passion. Je ne sais pas trop où je vais aller dans ce domaine. Je continue le blog car c’est un moyen d’y tester mes textes, mais aussi par respect pour les gens qui me suivent depuis le début. Mon style y a évolué, de plus j'écris maintenant des chansons, des fictions. La fréquentation de mon blog a diminué car il y a moins de croustillant dans ce que je raconte, la teneur en est moins "flicarde", et comme je ne suis plus seul sur le sujet… Mais je pense avoir trouvé le public qui me convient.