Témoignages de bloggeurs

Nous avons recueilli les témoignages de bloggeurs, dont celui du policier de Marseille Serge Reynaud qui tient le blog police-histoires, d'une ancienne caissière et du fondateur de alloboulotbobo.fr : Victor Waknine qui ont gentillement accepté de nous répondre.

Entrevue avec Victor Waknine, fondateur d’alloboulotbobo.fr

Quelles ont été vos motivations à la création d’alloboulotbobo.fr ?
Je vous invite à consulter les vidéos que j’ai mis à disposition sur youtube, qui reprennent ces questions. Le fait est que j’ai moi-même été PDG, j’ai tenu des postes à responsabilités notamment à France Télécom, puis on m’a sorti de façon brutale, comme beaucoup de dirigeants. J’ai donc été amené à réfléchir aux moments difficiles que j’ai pu rencontrer, comment les surmonter et en parler. Le fait est qu’on ne peut pas parler du boulot dans le cadre familial, ou même avec les collègues et l’employeur. La base du projet est fondée sur des questions d’isolement et de souffrance au travail. J’ai ensuite été amené à réfléchir sur les possibilités du Web 2.0, et de comment interpeler les gens. La plateforme, c’est un départ pour s’émanciper de l’isolement, c’est libérer la parole par l’internet en multipliant les approches, c’est créer un échange. Les personnes confondent souvent soucis, angoisse et stress ; je souhaitais également définir les différentes situations dans une véritable démarche – je voulais apporter mon savoir dans ce domaine. On a souvent affaire à des coach personnels sans véritable expérience en entreprise. Personnellement, je connais les soucis de performance en entreprise grâce aux postes que j’ai pu occuper. Toute ma vie de dirigeant, j’ai essayé de trouver un équilibre entre la pression des actionnaires, et une bonne qualité de vie de mes collègues. C’est « travailler mieux pour vivre mieux ». Comme le dit l’Humanité, le titre du site est clair, le slogan encore plus. Le site regroupe donc une plateforme pédagogique sur les questions de souffrance au travail, et une partie forum, plus interactive.

Qui sont les gens qui s’expriment sur les différents types de souffrance ?
Il n’y a aucune distinction. Ni sur le sexe, ni sur la fonction. Il y autant de souffrance à Emaus qu’à France Télécom. Et cette plateforme n’est pas un site sur la souffrance mais bien sur comment travailler mieux pour vivre mieux, c’est une plateforme plus générale, car l’entreprise est certes un univers d’aliénation, mais elle est aussi le lien social qui lie l’individu. Le but est de sauver l’entreprise de la déshumanisation, de ramener l’individu au centre de l’entreprise et renforcer ainsi le lien social. C’est concilier performance économique et sociale. Mais la plupart du temps l'actionnaire ne se préoccupe pas de cela.

Y a-t-il une nouvelle forme de souffrance en entreprise ?
Par la mutation qui est advenue dans le monde de l’entreprise, la souffrance n’est plus physique, ce n’est plus suer pour travailler. On essaie de sensibiliser les futurs cadres, par des amphis dans les écoles, car le souci est à plusieurs niveaux.


Quelles sont ces nouvelles formes de souffrance?
C’est simplifier au maximum les tâches à effectuer, c’est évaluer la performance, c’est détruire les collectifs de travail. On éclate le travail en cases individuelles, les personnes ne peuvent plus parler de leur travail, et de la façon dont elles souhaitent le développer. Seul compte le résultat et non comment on est arrivé au résultat. On ne peut plus discuter des moyens qu’on donne à l’employé pour qu’il effectue son travail. Il y a aussi une incursion dans la vie privée de l’employé. Une surveillance de la façon dont on mène son travail, une surveillance pas à pas, et donc on n’a plus le droit à l’erreur. En ajoutant le manque d’apprentissage, on arrive rapidement à un problème d’une entreprise déshumanisée. Le travail n’est plus de production, en Europe et en France, on exporte la production ailleurs, et on se reconvertit dans le service. Or, le service n’est pas reconnu comme un bien, et devient donc un produit dont on peut discuter, contester la qualité. Du coup, on n’a pu le même lien qu’on entretenait auparavant avec le produit. On crée une relation où les deux parties peuvent ne pas être d’accord. Et on retrouve ce problème dans tous les corps de métier où il y a contact avec le public. « Cette nouvelle économie de service est porteuse de relation anxiogène ».

Nous avons vu que vous proposiez comme solution d’introduire un indice de bien-être au travail en entreprise. Pourriez-vous nous en parler?
C’est une méthodologie, ce n’est pas qu’un simple indice, c’est un concept. Le but étant d’allier performance, bien-être et qualité de vie. Se sentir mieux individuellement et collectivement. L’indicateur est de nos jours trop financier, il lui manque une touche de subjectivité pour qu’il puisse refléter le côté humain de l’entreprise. Bien entendu, j’ai conscience de la difficulté de mettre en place un tel indicateur.

A quel niveau devrait-on le mettre en place ? politique, managérial ?
C’est le rôle des citoyens. Je propose un management d’éthique. Dès qu’on rentre en relation avec l’autre, on doit être éthique ! Le management, c’est le « faire faire », il y a donc une dimension de relation à l’autre. Le manager ne doit pas se cantonner à des business plans, on doit travailler le côté humain du management. Le management c’est gérer des relations et des conflits. On n’apprend malheureusement que très peu cette dimension du management sur les bancs de nos Grandes Ecoles. On n’est pas alerté du potentiel que représente une bonne relation à l’autre. C’est donc du ressort de l’actionnaire, du dirigeant et du manager. Avant de se demander si ce que le client a acheté est content, il faut se demander si le premier acteur, celui qui fabrique le produit, est content – sans parler des obligations légales de la santé au travail. Aujourd’hui, ma plateforme a été le point de départ d'une vingtaine de thèses sur la façon de concilier performance économique et sociale, ce sont des entreprises qui se posent des questions et qui se documentent. Valérie Pécresse demande aux Grandes Ecoles de mettre en place un indicateur de bien-être social sur la base des travaux du rapport Fillon sur le bien-être et le travail. Je suis régulièrement interrogé par les politiques et les entreprises, sur des questions qui touchent à le place de l’humain en entreprise, et ma foi, j’ai des retours positifs et pas mal de félicitations.